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  • JudithGeneviève

Est-ce que la dépendance alimentaire existe?



Se saouler à la bouffe...


Cette expression, nous l'avons entendue maintes fois lors de consultations. Elle traduit un nouveau mal : la dépendance alimentaire. Des équipes de recherches s'intéressent à ce phénomène qui touche de nombreuses personnes. Je t'explique.

Aux dires des personnes qui en souffrent, la dépendance alimentaire équivaut à être en état de manque constant. Elles ont l'impression d’être sous l’emprise de la nourriture, ne trouvant pas la force d’y résister et se gavant jusqu’à l’inconfort.


C’est pourquoi, depuis 2009, des équipes de recherche se sont demandé si la dépendance alimentaire existe bel et bien. À ce jour, il n’y a toujours pas de consensus à ce sujet, mais il est permis de penser que de plus en plus de personnes se reconnaissent dans cette problématique alimentaire.


La nourriture comme substance de dépendance


Les chercheuses et chercheurs ayant étudié la dépendance alimentaire se sont inspirés des critères diagnostiques de dépendance aux substances comme les drogues, l’alcool et le tabac, mais en considérant la nourriture comme la substance de dépendance.


Les personnes souffrant de dépendance alimentaire peuvent expérimenter les mêmes symptômes et comportements que dans les cas de dépendances aux substances :

  • La prise de nourriture en quantité importante et pour une période plus longue que planifiée.

  • Un désir persistant ou des essais infructueux répétés d’arrêter la consommation excessive de nourriture.

  • Un temps considérable passé à obtenir ou à ingérer de la nourriture ou encore à se remettre d’un excès de consommation.

  • Des activités sociales, professionnelles ou de loisir abandonnées ou réduites à cause de la nourriture.

  • Le maintien du comportement problématique en dépit des conséquences importantes : échec à remplir ses obligations, problèmes sociaux ou interpersonnels, présence de symptômes physiques désagréables ou douloureux, etc.

  • Le développement d’une tolérance, c’est-à-dire le besoin de toujours absorber davantage de nourriture pour ressentir l’effet recherché, cet effet étant de moins en moins intense.

  • Des symptômes de sevrage et une consommation de nourriture pour atténuer ces symptômes.

  • La poursuite de cette consommation en dépit des problèmes sociaux ou interpersonnels.

  • Une incapacité à remplir ses rôles et ses obligations (ex. : travail, école, vie familiale).

  • L’ingestion d’aliments dans des contextes dangereux (ex. : en auto).

  • Un désir fort, voire un sentiment d’urgence de consommer (ce qu’on appelle les craving).

Enfin, et peut-être le point le plus important, la relation avec la nourriture doit être une source de souffrance majeure.


Si une personne remplit une majorité de ces critères, on peut penser qu’elle souffre de dépendance alimentaire. Plusieurs nous disent se reconnaître dans ces symptômes.


À ce stade-ci, je dois toutefois apporter des précisions importantes.


Une dépendance, oui, mais au comportement plus qu’à la nourriture


Savais-tu que seuls les aliments transformés gras, sucrés ou salés ont le pouvoir de stimuler les zones du plaisir et de la récompense dans le cerveau? Ainsi, les aliments qui semblent amener un apaisement émotionnel seraient les produits alimentaires industriels savamment conçus pour te faire atteindre le point de félicité (bliss point) en ajustant les niveaux de sel, de sucre ou de gras afin d’optimiser le plaisir gustatif.


Ainsi, même si l’avocat est très gras, les dattes très sucrées et les olives très grasses et salées, personne ne ressent de dépendance face à ces aliments! On ne peut être dépendant qu’aux aliments transformés! C’est pour ça que les gens ne se jettent pas dans les brocolis ou les carottes. 😉


De plus, selon les connaissances actuelles, aucun aliment, même le sucre (oui, oui, tu as bien lu!) n’a le pouvoir de générer une dépendance physiologique ou chimique comme le font la cocaïne ou la nicotine, par exemple. Ainsi, une personne ne serait pas dépendante d’un aliment ou d’un nutriment, mais plutôt de l’apaisement émotionnel produit par cet aliment.


C’est donc au comportement alimentaire que la personne serait accro : Je me sens mal aujourd’hui, je mange un aliment sucré, salé ou gras que j’affectionne particulièrement, je me sens mieux. Le cerveau fait alors une association qui tisse progressivement la trame de la dépendance.


Au fil du temps, la personne qui souffre de dépendance alimentaire a besoin de toujours un peu plus de nourriture pour ressentir l’effet d’apaisement recherché. Elle ressent également un inconfort marqué lorsqu’elle ne peut se procurer les aliments désirés.


En résumé, c’est un peu comme si la personne était convaincue qu’elle était incapable de traverser sa journée sans sa dose de nourriture apaisante. Plus elle s’apaise avec la nourriture, plus elle renforce cette association, et ainsi va le cercle vicieux…


Des solutions multidimensionnelles


Tu te reconnais? Et te demandes probablement comment te libérer de cet asservissement?


Je ne te dirai pas que c’est simple, mais c’est possible. Avant de changer ton alimentation ou d’adopter le régime miracle qui-te-promet-de-régler-tous-tes-problèmes-de-dépendance, il faudra te questionner en profondeur sur ta relation avec la nourriture. Bien sûr, tu gagneras à faire cette réflexion avec une professionnelle ou un professionnel spécialisé dans les troubles alimentaires.


Mais globalement, si tu veux te rétablir, tu devras trouver ce qui t’amène à manger, quelles fonctions la nourriture remplit pour toi, quelles émotions tu sens le besoin d’anesthésier. Tu devras aussi identifier les aliments déclencheurs (ou triggers) et trouver un équilibre qui TE convient entre l’abstinence et le plaisir de consommer certains aliments. Et à travers ça, tu devras apprendre à ressentir tes émotions à jeun.


Alors si la dépendance alimentaire te touche, sache que la Méthode Lundi est conçue pour t’aider à effectuer ces réflexions. Tu peux aussi nous contacter, si tu préfères; on t’aidera à t’y retrouver. 🙂


Judith Petitpas, Travailleuse sociale